Greenterview 7 – Marie, co-fondatrice de TINA

Greenterview 7 – Marie, co-fondatrice de TINA

Rendre accessible la mode éthique à tous, c’est l’objectif que se sont fixé les fondatrices de TINA. Dans ce 7e article de la série des entrepreneur.e.s engagé.e.s, découvrez Marie, une des co-fondatrices de cette plateforme à impact positif.

Peux-tu te présenter en quelques phrases ?

Je m’appelle Marie Decamps, j’ai 24 ans, je suis Bordelaise et j’ai co-fondé TINA au mois d’avril 2020.

Qu’est-ce que TINA ?

TINA c’est une marketplace de mode éthique. On propose des vêtements et des accessoires pour hommes, femmes et enfants. On sélectionne les marques à la fois sur le style et sur les critères éthiques que ces marques respectent. On a choisi une liste de critères et en fonction de ça on choisit les marques. J’ai créé TINA avec mes deux associées Astrid et Marie qui sont aussi Bordelaises. On se connaît depuis longtemps et on s’est bien réparti les rôles.

Comment l’idée t’es venue ?

J’ai discuté avec Astrid et Marie avec qui je suis associée maintenant. Elles me parlaient de la mode éthique et moi je ne connaissais pas du tout le sujet. Elles me demandaient « qu’est-ce que tu en penses ? On n’arrive pas à trouver de marque éthique. Ou on en trouve mais il faut fouiller sur Instagram pendant 2 heures, il faut vraiment se plonger dans le sujet pour comprendre. Il y a 150 milles labels, certifications… ».
C’est assez complexe de comprendre comment c’est fait et il y a beaucoup de marques qui font du greenwashing. Ça m’a fait cogiter et je me suis dit « tiens, je ne connais pas du tout ». Je me suis donc plongée dans le sujet : j’ai regardé des documentaires, j’ai lu plein d’articles. je me suis rendu compte de l’impact de l’industrie de la mode, de l’étendu de ce sujet et j’ai eu une réelle prise de conscience, tout à été bousculé dans ma tête. Ça m’a pris un mois à ne faire que ça : chercher des articles, parler à des gens, à des journalistes, à des personnes qui écrivent sur le sujet. C’est passionnant ! C’est des enjeux énormes et ça a du sens. C’est un projet qui peut avoir un impact important et c’est ce que je recherchais.

Alors on s’est lancé pendant le confinement à distance, à trois. On a commencé à contacter des marques pour tâter le terrain et savoir si ça les intéresserait d’avoir une plateforme qui rassemble plusieurs marques et qui les met en avant, eux et leurs engagements. Souvent, pour les marques éthiques ça coûte cher de produire correctement et leur budget marketing y passe. Donc c’est compliqué d’être à la fois éthique et à la fois visible ! On s’est rendu compte que tout le monde croit qu’il y en a peu alors qu’il y en a partout. Ce sont des petites structures.

On a commencé à sourcer, à ce moment-là on en avait au moins 300 ou 400 en Europe ! On avait envie d’être sur le marché européen. Au Portugal, la main-d’œuvre est accessible et surtout très qualitative. La plupart des belles marques européennes qui font de l’artisanat le font là-bas. Les pays du nord sont déjà dix en avance de nous : là-bas les marques éthiques tout le monde connait et ils en ont plein. C’est déjà ultra ancré dans les habitudes.

On s’est dit que c’était un marché intéressant qui avait à la fois une très bonne offre et une très bonne demande, et qui avait un énorme potentiel en termes de développement. Il n’y a personne qui a encore complètement dominé le marché, contrairement aux Etats-Unis ou en Asie où le marché est avancé et gigantesque ! Pourtant les pays européens sont plus sensibles aux enjeux environnementaux qu’aux Etats-Unis.

La vraie difficulté c’est de réussir à rassembler en un seul endroit des créateurs engagés et qui ont un vrai univers et qui proposent des pièces originales : il y en a pleins mais c’est très dur de les trouver. Nous ce qui nous intéresse c’est les petites et moyennes marques avec une identité forte et qui rendent la mode éthique sexy.

On a lancé le site le 15 juillet. L’idée était de tester et de voir si la logistique fonctionnait bien. Comme c’est une marketplace, ce n’est pas nous qui avons le stock, c’est vraiment un intermédiaire. Notre business model est une commission sur les ventes. Les vêtements sont envoyés par la marque. Les retours et les échanges sont réceptionnés par les marques. C’est une logistique beaucoup plus compliquée qu’un e-shop classique ! Ça a plutôt bien commencé alors qu’on avait seulement communiqué avec Instagram et le bouche à oreille. En septembre on a fait un lancement presse, on a eu des articles dans 5 magazines et ça a plutôt bien boosté le site. Là on a lancé une campagne de crowdfunding sur kisskissbankbank. Nous avons maintenant 20 marques sur le site !

L’équipe de TINA

Quelle est votre vision à long terme avec TINA ?

On est très aligné sur le fait qu’on veut donner accès à un maximum de personnes à la mode éthique. On veut donner accès à un maximum de personnes à la mode éthique. Mais on veut que ça reste sélectif sur le style et les critères, et on essaie d’apporter un panel assez large en termes de prix. On essaie de faire des prix accessibles et d’autres plus haut de gamme. Sur le style on essaie de faire des choses différentes. On essaie de faire en sorte que les marques aient une identité assez marquée. Notre vision c’est d’être sur le marché européen et de devenir l’acteur référent. On rêve d’avoir une sélection de marques et d’artisans italiens, portugais, français, allemands… bref européen principalement mais pas que, chaque zone géographique possède ses savoir-faire et on est là pour les mettre en avant et vous y donner accès

Notre but est d’ouvrir les yeux à un maximum de personnes sur le fait que consommer éthique est l’avenir de la mode. C’est facile de dire que tout le monde peut consommer éthique, mais il y a des problèmes de prix et nous on veut vraiment que ce soit accessible. On ne se positionne pas sur des marques ultra luxe. On a envie de toucher un maximum de personnes et des gens qui ne sont pas forcément adeptes de produits éthiques.

Notre objectif est de sensibiliser, on se positionne comme une alternative et un premier pas vers la mode éthique. Chacun met son curseur là où il veut. D’ailleurs, on a mis en place un système de filtres par critère pour pouvoir trier les produits en fonction. Chacun a des critères différents en fonction de sa vision et de ses valeurs. On essaie de s’adapter pour que chacun se reconnaisse à la fois dans le budget, dans le style et les critères.

Au début, je me suis demandé « C’est quoi une marque éthique ? ». Mais personne à la réponse, parce qu’il n’y a pas de définition universelle. On sait plus ou moins qu’elles reposent sur les trois piliers qui sont le social, l’environnement et l’économie. L’engagement social est un critère qui contient plein de sous-catégories par exemple. Il est assez compliqué de trouver le juste milieu. C’est pour ça que sur nos fiches produits nous avons mis un rappel des critères que respectent ces produits. Il est possible de cliquer sur « En savoir plus » et de découvrir la page de la marque, pour savoir en quoi cette marque respecte ces critères-là.

Le “fait en France” est un point compliqué, parce qu’il est possible de dire qu’un produit est fait en France même si seul le patron y a été dessiné. Ce n’est pas grave de faire ailleurs, mais il faut le dire. Selon nous on peut toujours être plus transparent. Un des objectifs du crowdfunding est de nous permettre de tourner des vidéos sur chaque marque et d’expliquer le concept.

Quel serait le conseil que tu donnerais pour quelqu’un qui veut monter un projet engagé à impact ?

S’entourer et rencontrer un maximum de personnes ! Il y a plein de gens passionnés, experts qui sont prêts à donner de leur temps et on a souvent peur de demander et de déranger. Mais pas du tout ! Il faut rencontrer des personnes de différentes industries, qui occupent différents types de postes, et faire un maillage total du sujet. J’avais beaucoup discuté avec une journaliste indépendante qui écrit pour the good goods et elle m’a donné des sources incroyables. Il ne faut pas hésiter à poser des questions. Par exemple, on avait un tableau Excel et dès qu’on avait une question on l’écrivait. Ensuite je cherchais dans notre réseau ou je faisais des demandes à des inconnus sur LinkedIn. Les gens sont très réceptifs, surtout dans les projets à impact. Ils nous répondent super vite. 

Un second conseil : il ne faut pas y aller qu’à moitié. Des fois je me disais « c’est complexe, je n’arrive pas à comprendre, est-ce que je pourrais rester en surface ? » Mais il ne faut pas ! Par exemple le premier documentaire que j’ai regardé est The True Cost. Ils enquêtent sur la fast fashion et ils parlent de l’effondrement d’une usine au Bangladesh en 2013. Ça ne peut pas te laisser indifférent. Je l’ai montré à plein de gens et ils me disaient qu’ils comprenaient pourquoi je montais ce projet !

Pour finir, peux-tu donner une idée d’action (la plus simple) à mettre en place dès demain, pour être plus éco-responsable ?

La première chose la plus facile à faire c’est de faire un grand tri dans son dressing, garder uniquement ce que l’on porte et ne pas hésiter à se séparer de ce qu’on ne porte plus. Pour ça c’est très facile aujourd’hui avec les plateformes en ligne de seconde main de totalement vider son dressing tout en économisant ! 

Une fois qu’on a fait ce tri, je pense que c’est important de réfléchir à ce dont on a vraiment besoin et de prioriser comme ça ses achats. Evidemment et je suis la première à le faire, on a des coups de cœur et on craque parfois sur des pièces, c’est la beauté des vêtements! Mais je pense qu’en se posant la question « est-ce que j’en ai vraiment besoin ? ou du moins vraiment envie et est-ce que je vais le porter? ». Ça permet d’éviter des achats impulsifs de pièces qui finiront par dormir au fond du placard ! Et donc maintenant moi, par exemple, quand je sais que j’ai besoin d’un beau pantalon de tailleur ou d’une belle chemise, je vais faire le tour des créateurs éthiques que je connais (maintenant sur TINA) et je choisis une belle pièce.
Il y a quelques années encore, avant d’être sensibilisé à tout ça, j’achetais parfois tellement le prix était bas en me disant bon au pire vu le prix c’est pas très grave et c’est ça qui est le pire ! C’est comme ça qu’on se retrouve avec des dressings pleins à craquer qui polluent en plus l’environnement au passage et donc il est temps de changer ses habitudes !

Alors on achète moins mais mieux !

C’est important aussi de penser à la notion d’usage, un t-shirt qu’on achète 5€ dans un grand magasin imaginons qu’on le porte je ne sais pas 10 fois et puis on arrête de le porter parce qu’il a perdu sa forme, il a décoloré ou tout simplement parce que 5€ ça nous paraît si peu qu’on l’a juste acheté pour une soirée déguisée. Alors que ce t-shirt bio que j’achète 35€ par exemple, qui a été fait dans de très bonnes conditions avec des matières de qualité, je vais le mettre pendant des années. Donc le t-shirt à 5€ je l’ai porté 2 fois donc il m’a couté 2,5€ à l’usage alors que celui à 35€ je l’ai mis 20 fois au moins puisqu’il ne bouge pas grâce à sa qualité, il m’a donc couté 1,75€ à chaque usage.
C’est un exemple mais je vous laisse réfléchir à tout ça mais il est très important de penser à l’usage avant d’acheter un vêtement ! 

Je sais aussi que la mode éthique peut avoir un coût mais comme je l’ai expliqué, il faut penser usage et donc c’est totalement normal si les produits sont plus qualitatifs. Pour donner accès à un maximum de personnes à la mode éthique, on a mis en place sur le site un système de facilité de paiement (paiement en 3 ou 4 fois à partir de 100€) donc plus d’excuses pour ne pas essayer.

Et puis enfin, il y a une autre alternative, qui se complète aussi c’est la seconde main, il existe beaucoup de plateformes que ce soit pour les vêtements, les jouets, la déco etc. il ne faut pas hésiter, c’est super pour l’environnement et c’est dommage de ne pas réutiliser ce qu’on a ! 


Merci à Marie pour cette Greenterview !


Pour retrouver Tina :
Les aider dans le projet : Kisskissbankbank
Le site de Tina
Les réseaux sociaux : InstagramFacebook
Le profil LinkedIn de : MarieAstrid

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